on peut toujours me suivre sur Twitter : @HelenePastore Instagram : @helene_pastore
Chaque année, les Journées des écrivains du Sud organisées par la très belle Paule Constant attirent de plus en plus de monde à l'Hôtel Maynier d'Oppède à Aix. Il faut dire que les invités sont de grandes pointures dans l'énorme paysage littéraire français, et ne reculent pas à venir fouler le sol cézanien tant que leurs talents n'y sont pas critiqués… L'année dernière, j'avais loupé Dominique de Villepin, qui avait reçu le prix à l'issue de ces journées avec son 'Hôtel de l'insomnie'. J'enrage encore de l'avoir su trop tard ! Ce jour-là, j'étais à Paris à la fac Dauphine où j'ai croisé le fourbe PPDA et quand je suis rentrée à Aix, Dominique était à Dauphine pour une conférence-débat ! Chassé-croisé injuste. Encore une punition céleste. Il est vrai que j'ai beaucoup pêché.
Bref, ces journées des 27 et 28 mars invitaient sans toutes les citer quelques stars du livre : Laure Adler (journaliste, femme de lettres, fan de Ségolène), l'académicien Jean Tulard, Pierre Bergé (Sidaction), Gilbert Collard (avocat des causes sensibles aux retombées trébuchantes), Yves Simon (ex-chanteur des seventies 'J'ai rêvé.. New York'), Jean-Didier Vincent (star des biologistes physiologistes),
Jean-Louis Fournier et Amélie Nothomb, l'incandescente…
Le thème imposé 'La passion selon …' Vaste sujet que Pierre Bergé grand connaisseur de cette addiction n'abordera pas car il sera absent de cette rencontre. D'ailleurs, il n'a manqué à personne car les talents multiples des intervenants ont 'passionné' les auditeurs dans toutes les nuances abordées. J'ai loupé Collard. Je n'ai vu que sa longue mèche balayant un œil bleu délavé mais toujours vif. Monique Canto-Sperber en introduisant le sujet a d'entrée endormi tout l'amphi. Ses multiples lifts ont certes remonté tout ce que la pesanteur avait pendouillé, mais son ton narcoleptique a déclenché la sieste digestive normalement en cette heure ordonnée sur France 2 par l'inspecteur DerrickEn prévision, les plus malins choisissent un dernier rang. Au premier, nombreux sont ceux qui piquaient du nez devant la table des auteurs pendant sa longue intervention. Les applaudissements ont surtout salué son départ et remis un peu d'ordre dans ce dortoir impromptu.
Jean-Louis Fournier a réveillé tout le monde avec un humour d'une causticité redoutable. Un extrait : "Les gens très âgés, il faut leur dire la vérité ! Quand il y en a un qui me dit – Mais moi, je vais bientôt mourir- au lieu de répondre comme la plupart des gens –mais non il ne faut pas dire ça… - moi je réponds –Eh oui !- Ça déclenche le rire, donc la communication. On peut commencer à discuter. Je leur conseille même, au moment de leur mort juste avant leur dernier souffle, les mots ultimes à prononcer après avoir entendu le terrible chuchotement, "ça y est, c'est la fin…", de pousser toutes leurs dernières énergies et de répondre en un seul élan… "DES HARICOTS !" Merci Monsieur Fournier. Quelle bouffée d'oxygène ! Sans oublier son témoignage émouvant d'amour sur ses fils handicapés et sur le désintérêt des gens à prendre de leur nouvelles, "car on prend des nouvelles des enfants normaux qui sont dans une activité, dans leurs études, l'handicapé lui, grandit mais ne fait rien. Il n'y a pas de quoi en parler pour les autres'. Génial Jean-Louis Fournier.
Laure Adler en grande star du petit écran et de France Culture m'a vite agacée par son discours en parisianisme étalé. Elle fut brune pimpante, elle est devenue blondasse couleur paillasse des marchandes de chichis de fêtes foraines. Maigre et méprisante, elle promenait son fond de teint cireux dans la cour de l'hôtel avec une lassitude blasée des grands snobs.
Un autre médaillé du 'Rien', Yves Simon. La passion selon lui, son panthéon comme il le répétait, était de lire des extraits de ses livres dont tout le monde se fichait et de parler de sa 'fulgurance' pour Le Clézio aussi botoxé que lui d'ailleurs… "J'habite Place Dauphine, la place Dauphine, le sexe de Paris...", d'étalage en étalage, sa carrière de chanteur et la foule compressée lors de son dernier Olympia. Il a tout essayé pour capter l'attention du public, toujours sous le charme des précédents et talentueux intervenants, qui eux, traitaient le sujet imparti. Mais rien n'y faisait. Tout le monde murmurait, preuve d'un total désintérêt. Et Yves ou Simon je ne sais plus, continuait, ne voulait pas passer le témoin, "J'aurais rêvé être astrophysicien"(!) Cause toujours, on s'en fout ! Aurais-je pu lui répondre si je n'avais été prise par l'envoi d'un sms. Quel pot de colle !
Et puis l'intelligence vive avec le biologiste, Jean-Didier Vincent, qui a fait hurler de rire la salle avec son poulpe, seul invertébré à pouvoir vivre, grâce à la présence à la surface de son corps de milliers de capteurs, une extase extraordinaire lors d'un coït avec une 'poulpesse' qui répond aux mêmes châtaignes. Et ces nouveau-nés qui ne supportent pas l'odeur de l'aïl (testez, grimace assurée), sauf les nouveau-nés marseillais… Et le sourire Duchenne, à la gestuelle zygomatique si particulière que tous ceux qui l'ont adopté (comme Sarkozy) ont été élus. Et j'en passe…
Enfin Amélie. Tout de noir vêtue, mitaines rayées, éventail, manteau au gros nœud en martingale, teint de craie asiatique et rouge aux lèvres coquelicot. La passion selon Amélie est complexe et certainement vécue très pudiquement et intrinsèquement. Amélie en pays de ses merveilles. Elle a choisi la discrétion et rappelé l'amour qu'elle portait à sa grand-mère qui était pourtant d'une cruauté à la réputation sans tache. Quelques années après sa naissance au Japon, elle rencontrait avec inquiétude cette grand-mère que l'on disait féroce. Les premières paroles d'accueil qu'elle prononça à Amélie enfant furent : "Et bien ! J'espère que tu es intelligente ! Parce que... qu'est-ce que tu es laide !"
Sous le charme. Tout le monde a ri et applaudi la beauté d'Amélie. Son éventail coquelicot s'est juste un peu plus agité. Je l'embrasse. Pas l'éventail. Amélie.
Clara Dupont-Monod, Jean Tulard, l'éventail d'Amélie, photo Cixi-Hélène
*: Place Dauphine, en forme de triangle, surnommée par les surréalistes 'sexe de Paris',