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Et voilà. La dernière rencontre physique entre Alain Bashung et son public s'est déroulée vendredi 20 mars, jour du printemps, en l'église de Saint-Germain-des-Prés et au cimetière du Père Lachaise. Il faudra dorénavant aller directement à la vingtième division avenue de la Chapelle, assez loin de Chopin, Desproges ou de Jim Morrison qui lui est à la 15eme donc pas vraiment proche compte tenu de l'échelle de chaque division. Claude Bernard, fondateur de la médecine, partagera avec lui l'avenue du célèbre cimetière.
Parvis de l'église de Saint-Germain-des-Prés. Parqués derrière les barrières, une infime partie de son fidèle public si représentatif aux générations confondues, silencieux, recueilli, était là uniquement pour lui rendre le dernier hommage terrestre.
Dichotomies opposées, deux dimensions séparent l'artiste de l'homme. Celle de ses proches, celle de son public. Les deux, pour des raisons objectives et légitimes se l'approprient, écartent toutes sources de possession du mythe naissant. Chacun a sa propre construction mentale et fantasmagorique dans la saisie d'un monde musical. Il y projette tout son être. Le partage n'a pas bon goût.
Vendredi, derrière ces barrières, son public à l'image de celui qui arrivait dans son cercueil acajou, sensible, vulnérable, digne, ne communiait pas de la même façon que les autres devant les barrières, les proches, les amis. Les histoires ne sont pas les mêmes.
Chloé Bashung/Mons est arrivée bottée de hauts talons, les cils goudronnés de rimmel intempestif, la main dans celle de Poppée, leur fille de 7ans, rieuse, bien inconsciente de ce qu'il se passait. Je passe vite sur la brochette de politiques, peoples, musiciens, certainement très touchés par le décès de ce superbe résident de la république... Présente, Deneuve, encore d'astreinte après l'enterrement d'YSL et l'assassin Bertrand Cantat qui n'a rien trouvé de mieux que de venir nous déshonorer devant tous les objectifs pour sa première réapparition. A vomir. Mais peut-être était-il invité ? Un enterrement public n'a pas de stricte intimité, je l'accorde, mais il savait très bien ce qu'il faisait en venant. D'ailleurs, aucune allusion sur le site de Noir Désir sur la mort de Bashung. On y parle seulement et tout récemment de téléchargements retirés. aucun éloge. Bref, dans cette église chargée de fleurs et d'émotion, ne manquait que Benoît XVI en prêche contre Sidaction et en tournée pour sa future grande inquisition 'Avenir'.
La cérémonie visible sur un écran extérieur assurait la retransmission. Apparaît l'émouvant discours d'adieu de Mme Bashung, griffant étrangement au passage le fils, Arthur, 26 ans, né d'un précédent mariage, grand oublié dans l'hommage des médias. Elle s'adresse à son époux.
'L'arrivée de Poppée t'a aidé à trouver un point d'encrage, comme ce fil, jamais rompu mais toujours emmêlé avec Arthur" (...)
Pourquoi insinue-t-elle un différend qui va être entériné par tous les médias présents ? Ce fil "toujours emmêlé". Toujours ? Emmêlé ? Donc même dans la mort… Se rend-t-elle compte de la portée de ses mots ? La douleur affichée doit-elle être visible que pour ce dernier mariage ? L'histoire de Bashung n'a pas commencé avec elle et ne finira pas qu'avec elle ! La direction de cette grosse entreprise semble être tombée dans de bonnes mains affutées, aux ongles carminés. Et même si Bashung creusait des fossés implacables entre ses nouvelles vies, au pavillon des lauriers, les lauriers appartiennent à d'autres...
Jean Fauque n'apparaît pas. Cet ami de 20 ans, parolier alter ego de génie de Bashung aurait-il préféré rester en dehors de cette scène nécro-médiatique ? On ne l'a pas vu. Il y était peut-être mais il nous a manqué. L'enregistrement de cette vidéo ci-dessous après le décès de Bashung peut donner à croire qu'il n'était pas présent. Les fleurs passaient et repassaient, le soleil brillait, pas de vent, aucun nuage, et la foule en harmonie voyageait en solitaire.
En cherchant bien, je l'ai trouvé. Arthur était bien là. Magnifique et en retrait, regard bleu pétrole, bouche paternelle, tout proche de son père.
A toi Arthur.
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