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Le 15 août, il y a quelques jours, c'était l'Assomption, jour sacré pour les chrétiens qui fêtaient la Vierge Marie mais aussi date anniversaire de Maryse Joissains notre grand maire d'Aix en Provence, 67 ans. Je le savais et j'ai eu une pensée fugace même si je ne suis pas à Aix mais à Neuilly.
Dans « la » rue commerçante, rue Michelis, on ne parle que du film « Neuilly sa mère » qui vient de sortir, une sorte de « Taxi » mondain, où un gamin beur de banlieue vient semer la pagaille. Le quelconque maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin (sans étiquette) le roi de la cravate rayée, (sur les photos officielles, neuf fois sur dix elles le sont, je déteste) répond avec un certain agacement aux médias locaux que « Ce film n'est pas du tout, du tout ressemblant à la réalité de Neuilly ». D'ailleurs le miteux cinéma de Neuilly, Le village, ne le programme pas.
Ah ! Ces 'sans étiquettes'... Courageux mais pas téméraire, Jean-Christophe Fromantin n'est pas vraiment représentatif d'une ville au pedigree bien rempli.
Depuis son élection, son plan « Neuilly + Propre » qui lui donne tant de travail et d'investissements ne donne aucun résultat et confirme son manque de charisme ou d'influence car s'attaquer à nettoyer les déjections canines de Neuilly... Impossible ! Mais revenons à nos agneaux.
11h. Les cloches de l'église de Saint-Pierre de Neuilly sonnent et appellent les fidèles de plus en plus frileux à se déplacer alors qu'il fait pourtant très chaud. Je suis sur l'avenue du Roule à quelques mètres. Un peu de fraîcheur à l'intérieur serait la bienvenue.
Une neuilléenne octogénaire en uniforme local, cheveux de neige (on ne teint pas les cheveux à Neuilly, on assume) robe sombre, vieux Kelly noir, accompagnée d'une petite fille sage en bermuda, s'y dirige. Je leur emboîte le pas. Dans l'église à moitié remplie, 70% de femmes âgées, quelques jeunes. Pas vraiment d'élégances. Car voyez-vous, comme à Aix, le Neuilly chic n'existe plus. Les seuls témoins de ce reliquat de la noblesse attachés aux valeurs du travail et de la discrétion est cette toute dernière génération d'octogénaires qui s'éteint inexorablement. C'est le Jurassic Park des ados branchés du film « Neuilly sa mère » qui pavanent le vintage en boite, à Dauphine (fac) ou sur les Champs qui sont un peu plus loin à un kilomètre en ligne droite. On passe Porte Maillot pour assouvir ses vulgaires exhibitions bourgeoises.
A Neuilly, l'immuable ghetto de l'élitisme mondain se remet lentement du cyclone Nicolas qui a soufflé pendant 20 ans ! Aujourd'hui, son fils, Jean, 22 ans, est déjà conseiller omniprésent du canton Neuilly Sud. Fromantin ne le supporte plus.

Depuis Nicolas, les Jack Russel (seul chien qui peut tenir assis lors de chasse à coure sur la croupe d'un cheval) ont grossi et râpent leur organe stérile sur les trottoirs du boulevard Barrès qui jouxte le Bois. Leurs maîtresses, dans ce grand mouroir compassé, méprisent les 41 distributeurs de sachets destinés au ramassage des déjections et se fichent 'neuilléennement' des 35€ de pv. A mon avis, aucun pv n'a été dressé. Impensable. Quel policier oserait devant le regard plein de morgue de l'une d'entre elles ? Aucune envie de se retrouver devant le Tati de Barbès après un passage à tabac de Fromantin. Femmes aux indestrucibles éducations à la dure en cuirasse. Rien ne les altère.
Leurs Jack Russel, Cavalier King Charles, Kromfohrlander,Terrier de Boston ou Tibétain snoberaient dédaigneusement votre York adoré. Même son urine ne serait pas sniffée. Heureusement, les dog sitters ou les 'promeneurs de chiens' ont envoyé au placard les névroses canines neuilléennes. Comptez 800€ par mois pour 2 heures de balade par jour. En mini-meute, ils promènent vos chiens au Bois et n'ont ni le temps ni l'envie de ramasser les oublis. Fromantin passera. Mais je digresse.
La messe a commencé. Je décide de suivre dans l'église la dame et petite-fille et rester à leurs côtés. Problème. Elles traversent toute l'église et vont s'asseoir au déambulatoire vide où se trouvent quelques chaises. Les transepts sont remplis d'un pur sang neuilléen. Les yeux toisent, questionnent, évaluent, soupèsent, se détournent et replongent dans la messe. Trois bigotes crêpées aux mêmes lobes clipés ont déjà devant elles le panier qui servira à la quête redoutée. Sachez qu'un billet de 10€ par personne est bien vu. Au-dessus c'est ostentatoire et au-dessous c'est mal vu. Vous pouvez toujours donner plus mais dans une enveloppe fermée et à la sacristie. Quant à la monnaie trébuchante ôtez-vous tout de suite cette idée vulgaire de la tête. Je me place juste derrière mes deux guides.

Trois prêtres officient. Évangile selon St Jean : Il est question d'une femme enceinte qui criait, « torturée par les douleurs de l'enfantement » et qui se trouve face à un dragon de sept têtes dont chacune est couronnée d'un diadème. Çà m'intéresse, Chine impériale oblige. Le dragon est mon animal mythologique préféré. Je connaissais l'Hydre et ses sept têtes fureteuses avec son dard au bout de la queue mais ce dragon là n'a pas marqué mon éducation catho. Passionnante histoire. La petite fille devant moi, captivée par la voix du prêtre ouvrait de grands yeux. La messe se poursuit. Prêche du prêtre.
- « Je sais qu'il y a beaucoup de solitudes dans une ville comme Neuilly... » Paralysie dans l'église.
« Écoutez-moi ! Quand vous êtes trop seuls, quand vous êtes mal... N'oubliez pas ! Appelez Marie à votre secours ! Elle sera toujours à vos côtés ! » lance-t-il levant des bras vainqueurs sa robe blanche en ondulation. Flottement. Impassibles, les hommes remettent en place leurs vieilles pochettes Hermes et les femmes leurs sautoirs Cartier de perles usées. Devant moi ma neuilléenne n'a pas bronché. Et la messe reprend.
Pour les prières, je ne suis pas contente de ma mémoire. Aucune hésitation pour le « Je vous salue Marie », en revanche, catastrophe pour le « Je crois en Dieu ». J'ai eu la grande honte au passage « à la droite du Père Tout Puissant » d'enchaîner avec « Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois » ce qui m'a complètement déstabilisée et j'ai terminé lamentablement en un confus playback les yeux rivés sur les oreilles de l'aïeule neuilléenne devant moi ! Commencer le « Je crois en Dieu » pour terminer avec « Le corbeau et le renard », j'ai plus que pêché. Mais mécréante je suis. Je ne risque plus rien. Rien. Le dragon à sept tètes, s'il existe, je m'en ferai un destrier fabuleux et l'enfourcherai allègrement pour parcourir tous mes royaumes après lui avoir piqué ses sept diadèmes. Bon. Stop. Assez déliré.

Tout allait bien jusqu'au moment où sur un geste du prêtre, tout le monde s'est mis à se serrer la main ou à s'embrasser. La petite fille devant moi s'est retournée, m'a regardé et m'a tendu les bras comme si j'étais sa mère retrouvée. Parfait. Bises. Qu'elle est mignonne cette petite ! Mais quand son arrière-grand-mère, la bouche en tirelire, les yeux inertes et donc remplis de Dieu est venue vers moi, paralysée j'étais. Que faire ? Il faut l'embrasser aussi ? Comme elle semblait hésiter, j'ai inspiré, tendu la main la première en inclinant légèrement la tête en déférence de génération, et, pendant qu'elle serrait la mienne, je creusais mon inexorable descente aux enfers en lui donnant un « MAdam.» comme si je la rencontrais dans un club de bridge londonien. Elle me lança un regard outré et me claqua « La paix du Christ !» en reproche.
Tout faux Hélène. Tu ne connais pas la phrase sésame qu'il faut prononcer. Et un blasphème de plus. Mais je n'ai pas cillé sous son regard. Si j'avais été à Saint-Jean-de-Malte, ma paroisse aixoise, j'aurais fait pareil.
Dans le quartier Mazarin d'Aix, il reste de vieilles aixoises de souche, chrétiennes et de haute noblesse à l'élégance altière qui n'ont rien à envier au 92200. On a les nôtres nous aussi, non mais ! Ensuite, toute l'église a communié et s'est recueillie agenouillée, sauf moi, qui, seule, debout, tenait le rôle de l'ange noir. La messe s'est terminée. je suis sortie.
Et dire qu'aujourd'hui c'est la Sainte Hélène.
photos privées, prises le 15 août 2009, Neuilly