on peut toujours me suivre sur Twitter : @HelenePastore Instagram : @helene_pastore
Ahhh… enfin... Ses voeux ont eu lieu hier à la Cité du livre d'Aix en Provence, comme il est de rigueur. Sous les yeux goguenards de Sainte Victoire, tout le Pays d'Aix, que dis-je, de la planète entière, ne respirait que difficilement dans cette attente car souvenez vous, la grande prêtresse aixoise les avait repoussés de quelques jours, je cite " pour ne pas faire de l'ombre à Barack Obama".
Quelques semaines plus tôt, un ancien élu intègre s'était opposé à ce rite obligé fort coûteux et un boycott des vœux courait sur les blogs. La presse locale avait relayé mollement sans prendre de risque, malgré l'exemple de quelques mairies voisines qui s'étaient abstenues d'étaler leurs dépenses devant le pauvre peuple qui demanderait à coup sûr bientôt de la brioche… Car une invitation de ce genre doit coûter une somme conséquente qui aurait pu être distribuée à des associations caritatives ou autres bénéficiaires sans le sou.
L'opinion, Grand Maire s'en fout. "Je ne vois pas pourquoi je ne ferais pas marcher les entreprises et au nom de quoi, hein*!". On le sait, le ridicule ne tue pas, tout dépend de l'endroit où on le regarde et hier se pressait déjà à 18h30 à la Cité du Livre d'Aix en Provence un bon millier de personnes… Les opportunistes et courtisans de toutes cours étaient présents. La droite, le centre, les extrêmes et la gauche se pressaient autour de l'amphi. Ca papotait, ça se saluait, ça se jaugeait, ça critiquait bref "ça" était en pleine forme ! Le grand buffet était dressé avec finesse et élégance avec plats chauds, lasagnes, découpe de saumon frais, verrines, etc, etc., mais les boissons étaient strictement sélectionnées comme grand maire l'avait décidé. PAS DE CHAM-PA-GNEU ! Avait-elle dit. Période de crise, donc, pas de pétarade intempestive du bouchon devant les moins fortunés, mais coût approximatif au minimum 30 000€. Alors ? Cette soirée ? Ce discours ?
Tous les intelligents le savent, tous les imbéciles l'ignorent, le seul talent que Grand Maire possède est de pouvoir jouer Tante Rose dans la trilogie de Pagnol où Escartefigue n'a aucune chance devant sa grandiloquence, son lyrisme et sa transe escagassée. Les meilleurs atouts culturels d'Aix ne seront répétés que pour sa propre gloire. Et le pire sera la trame du discours pompée sur la partition américaine qui n'a de sens musical qu'aux USA mais devient totalement burlesque sur un autre territoire, à fortiori sur une scène du folklore provençal.
En tenue d'apparat, chemisier blanc prêt à péter ses fibres sous la poitrine missile pointée vers l'amphi, Grand Maire Joissains devant son micro se racle la gorge et accorde ses cordes. Elle commence. Intro évidente sur son combat du tracé de la LGV et son rendez-vous avec Borloo le 11 février prochain. Elle fait un large tour du patrimoine censé appartenir à Aix, Iter, Areva "ce monde multicolore dans lequel notre ville se reconnaît", continue son pillage personnel en citant les étoiles résidant posthumément à demeure comme Cézanne, Picasso (enterrés l'un à Aix, l'autre à Vauvenargues) et l'Angelin Preljocaj, grand chorégraphe décrié au Pavillon Noir fort coûteux, héritant au passage des subventions de feue Danse à Aix, où "Aix, nous le voyons bien, réussit dans tous les domaines" grâce à ce merveilleux patrimoine…
"Notre jeunesse EST BAI-LLE* (elle lève les bras), notre jeunesse EST BE-LLE* (deux fois), Aix est prêt à jouer la partition avec toutes les cités du monde, ce mot "Aix" qui résonne à Moscou, à Tokyo, à Pékin (?), ce pays d'Aix qui fascine, qui FAS-CI-NEU dans le monde ENTIER (Ah bon ?). "Et puis je vous le dis, je vous le dis," -oui, oui…elle va nous le dire- Elle fronce les sourcils et darde de rimmel l'assistance médusée : "Je vous l'affirme avec la plus grande sérénité" -trois secondes de virgule- "N'AYONS PAS PEUR DU MONDE ! La France s'est tournée vers le monde grâce à NICOLAS SARKOZY ! La France se REFORME ! L'Europe CHANGE ! Le monde BOUGE ! – Ma devise... Ma devise... Ah... oui, sa devise, c'est quoi ? Inspiration pulmonée dangereuse pour le chemisier blanc- : "Forcer le destin ! L'avenir nous appelle et doit s'appuyer… SUR LA VERTU !"
Le chemisier a tenu bon mais les bras m'en tombent. La vertu ? Avec toutes les vieilles casseroles* et celles "avenir"* que traîne son époux Alain Joissains grand quincaillier de l'entourloupe en Pays d'Aix ! Mais Grand Maire a oublié et n'en bafouille point. Il lui faut bientôt conclure et quitter cet état fabuleux gorgé d'adrénaline. Tout est prévu. Finir sur un peu de misérabilisme donne une bonne récolte d'ovations spontanées. Elle entame un rapide petit tour sur la misère, les temps si difficiles et claque sa conclusion comme une estocade. Elle lance ses postillons (vus sur l'écran latéral) :
- NOUS LE VOULONS ! - NOUS LE POUVONS ! - NOUS LE DEVONS !
Pauvres de nous. On est passé de Pagnol à la Pastorale de Maurel et la conclusion n'en finit plus. De honte mon cœur s'est arrêté car Grand Maire Joissains s'approprie aussi les rêves tant plagiés de Martin Luther King ! "Je rêve d'un monde différent, basé sur la tolérance ! (Yes, she said so !) et verse quelques larmes anthropologiques où le monde de l'humain n'est rien sous cette voûte céleste, "l'Homme n'est pas fait pour durer".
Mais où étaient donc les caméras de CNN pour diffuser un direct de la Cité du livre d'Aix en Provence, plaque tournante du monde méritant largement les investissements des parts de marchés cosmiques ?
Et puis, elle s'est figée, muscles tendus de certitude et d'empathie vers son prochain, la croix à son cou qui en tremblotte de piété, elle va finir, l'apothéose est imminente...
"MAINTENANT ! …
TOUS ENSEMBLE...
NOUS LE POUVONS !
NOUS LE DEVONS !"
Et la Marseillaise retentit !
Je vous jure que c'est vrai. Croix de bois, croix de fer, si je meurs je vais en enfer !

* casseroles anciennes d'Alain Joissains :
* casseroles actuelles d'Alain Joissains :
(Photo La Provence)