Jean-Noël Guérini est un homme ponctuel. A 16h tapantes au clocher de la Bonne mère, il entrait dans l'hôtel Radisson, quai de Rive-neuve, pour sa conférence de presse sur l'évolution de sa procédure judiciaire. Attendu dans l'entrée par une mini-meute de journalistes locaux et correspondants nationaux, il est monté à l'étage accompagné d'un de ses avocats, le bâtonnier Dominique Mattei. Arrivés à l'avance, dans la salle, quelques fidèles conseillers généraux, pas vraiment nombreux et bien silencieux pendant toute la conférence, Denis Rossi, Rebia Benarioua, Daniel Conte, René Olmetta. Pas plus de cinq ou six personnes attendaient le grand méchant loup aux incisives non limées. Ils tiraient tous des têtes de croque-morts.
Après
quelques bises bien corses, Jean-Noël Guérini a ôté son manteau noir en cashmere et s'est assis à côté de son avocat.
"Mesdames et messieurs les journalistes, je vous remercie d'être venus nombreux à cette conférence de presse qui s'impose à la
suite d'une succession d'évènements qui ne manquent pas d'être inquiétants pour notre Justice et plus généralement pour notre Démocratie", 'justice' et 'démocratie' en majuscules dans le
texte distribué avec une grosse police pour tous les journalistes presbytes.
Il a
dénoncé le "pouvoir politique démocratique qui est sanctionné par les urnes régulièrement". Il est vrai que les urnes, ça le connaît. On se souvient de celles d'Allauch bourrées pour
Martine Aubry de quelque 120 bulletins supplémentaires pour son élection à la tête du PS éjectant Ségolène Royal au profit de la fille Delors.
Evidemment, plus tard, il eut droit à la question sur Aubry et son manque de soutien dans cette instruction, campagne Hollande
oblige. "Elle a été prise à froid ! Elle a fait ces déclarations sans connaître le fond du dossier !" D'accord.
Il a dénoncé le "pouvoir judiciaire (…) qui nuit à l'image de la Justice et souvent la discrédite aux yeux du citoyen". Dans un pays de plus en plus corrompu, il en sait quelque chose. Quant au simple citoyen, ça fait bien longtemps qu'il ne fait plus partie de cette caste-là.
Il a dénoncé le "pouvoir des médias (…) qui se laissent contaminer et polluer par la rumeur et s'abandonne à des analyses hâtives ou des interprétations incertaines". Qui va croire que les médias se font influencer par la rumeur ? Et qui les lancent ? Grotesque ! Seuls les tirages comptent. Localement, Marsactu et le Ravi sont les seuls qui font encore du journalisme d'investigation. Mais, bon, revenons à notre mouton.
Jean-Noël Guérini a donc fait une requête en dessaisissement de la juridiction de Marseille tant les fuites des "secrets de l'enquête et de l'information et recel de l'instruction suite à la publication d'extraits de procès verbaux dans un quotidien national" étaient importantes. Complot politique ? Il veut connaître la vérité qui est à la source de cette injuste et terrible procédure. Injuste, je ne sais pas, terrible, ça ne doit pas être facile tous les jours pour lui.
Posé devant lui, Le Canard enchaîné, et, le brandissant, "c'est pas Le Figaro qui va faire des
déclarations ! Et puis, le Canard est moins bien renseigné que l'AFP ! Vous trouvez pas ça bizarre vous ?"
Il a cité plusieurs fois le journal La Provence, lequel annonçait son audition prévue pour le 13 février 2012 alors qu'il
n'avait pas encore reçu sa convocation, lui, en vacances au Maroc. Le journal annonçait même l'objet de l'interrogatoire.
"Comment des journalistes peuvent connaître la date mais surtout les "axes" d'un interrogatoire dont seul le juge d'instruction
devrait en avoir connaissance ?".
Moi, je ne vois pas du tout. C'est impossible puisque
la justice française n'est pas corrompue, puisque la presse française respecte la présomption d'innocence qui s'applique à tous, que l'on s'appelle Jean-Noël Guérini ou Paul
Jambon.
Il a aussi évoqué, la voix mi-figue mi-raisin, la requête en nullité de la mise en examen du 8 septembre 2011,
des faits qui lui sont reprochés et, levant la tête devant les journalistes présents, "un petit nombre d'entre vous, bien informés, les évoquent avant même que moi-même je ne les connaisse
!"
Il s'est aussi défendu au sujet de la main levée de l'immunité parlementaire, "le
juge d'instruction l'a rédigée et adressée au Sénat sur un quiproquo et une mauvaise analyse de mes intentions et de mes protestations".
Explication de Jean-Noël Guérini. En fait, le juge a été irrité qu'il quitte son cabinet le 15 février 2012 en
s'insurgeant contre les axes de son audition qui s'étalaient dans la presse avant même qu'il ne pénètre dans le cabinet ! Et le juge, stupide, a cru que JNG se défilait alors qu'il avait été
présent aux trois précédentes auditions ! Quel nul ce juge !
Mais, le juge a bon
cœur et a reconnu sa bêtise. Il "reconnaît qu'il n'envisage pas et n'a jamais envisagé de prendre, à mon encontre, des mesures coercitives (pas facile à prononcer pour lui ce mot-là)
tel un contrôle judiciaire. Cette demande de main levée d'immunité parlementaire' devient "de facto" sans objet (…). Le juge compréhensif en a convenu puisqu'il "a compris, retenu ou
observé (…) que je me rendrai toujours aux convocations que la Justice m'adresse".
Et puis les attaques sur Renaud Muselier et son ami avocat machiavélique qui "a ses entrées au palais", qui s'occupe d'une demande très importante d'un job pour le neveu du fameux gendarme qui a enquêté sur son affaire, demande qui "doit" arriver direct sur le bureau du ministre de l'Education, Luc Chatel ! Il est bien au courant lui aussi Jean-Noël Guérini de ce qui se passe au palais, non ? quel nid de crabes !
Après avoir plaint l'épouse de Muselier, soudain, la voix cassée par l'émotion, "Je pense beaucoup à elle, ça
doit être très dur pour elle" et répété aux journalistes, micros tendus, "Vous savez ce que je subis depuis deux ans et demi ! Moi, je ne le souhaite à personne ce que j'ai vécu ! (…)
c'est pas seulement pour mon honneur c'est aussi pour l'honneur de mon épouse, l'honneur de ma fille, du nom que je porte parfois qui est difficile à porter qui a été bafoué, qui a été mis à
terre, je veux me battre surtout pour connaitre la vérité (…). Les quatre dernières minutes de conclusion pathétiques arrivent.
Il paraissait touché. La voix s'est faite bien plus douce, presque un murmure. Plus de texte à lire. Beaucoup moins combatif, il
regardait les journalistes soudain aux aguets. Il peut craquer. Le scoop. Silence total. Mêmes les mouches restaient en stationnaire.
"Vous m'avez fait passer pour un voyou, un voleur, un bandit, un type qui avait aucune mentalité, des horreurs, je veux démontrer que je ne suis pas l'homme que certains médias ont voulu me faire passer, un bandit, un voyou, je suis un homme qui a reçu une éducation dure de ses parents, issu d'une famille très modeste et tout ce que j'ai appris en matière d'éducation je le dois à mes parents, pour mes parents qui m'ont tout donné, m'ont tout apporté et très pauvres, mais je vais me battre, je vais me battre parce que deux ans et demi d'horreur que j'ai vécues, j'en ai pris des coups, c'est la première fois que je m'exprime devant vous en toute liberté, je dis bien en toute liberté sur l'affaire, et, croyez-moi, il n'y aura pas une minute où je ne me battrai pas tant qu'on ne me dira pas toute la vérité, je dis bien toute la vérité, et ce qui est grave, c'est que nos institutions, l'institution judiciaire marseillaise est bafouée, remise en cause, on dépose les dossiers contre moi, contre ma femme, (…) comment avoir confiance à la lecture de tous ces articles à ces enquêteurs, à ce gendarme. Moi je souhaite que la justice aille jusqu'au bout mais je veux une justice sereine, responsable, une justice pas du tout manipulée, des enquêteurs responsables ni manipulés ni manipulables, (…) donc aujourd'hui je demande des comptes au ministre de l'Intérieur, au directeur général de la gendarmerie nationale, au général Mondoulet !, aussi. Qui est ce gendarme ? dont M. Muselier est intervenu pour son neveu pour un emploi au ministre Chatel, c'est tout ! Moi je veux savoir la vérité et c'est pour ça que mes avocats ont pris ce dossier à bras le corps et que nous demandons le dessaisissement et c'est un combat de tous les jours que nous avons mené, on n'a pas été capable de m'abattre politiquement par le suffrage universel donc il fallait trouver contre Jean-Noël Guérini des tas de choses, et bien, je suis pas plus que vous, je suis justifiable comme tout citoyen mais je veux qu'on aille jusqu'au bout de la vérité ! Je vous remercie."
Et cette phrase lancée, bon petit scud bien vicieux à tous les rats d'élus qui l'ont abandonné au Bateau bleu : "Vous savez, j''ai plein de projets ! Le Conseil général a un budget de deux milliards 400 millions d'euros à voter ! A mon avis, il n'y aura pas beaucoup d'élus qui ne voteront pas pour lui ...".
Arrivée de Jean-Noël Guérini, hôtel Radisson, quai de Rive-Neuve à Marseille
Jean-Noël Guérini face à la presse dans le hall d'entrée.
Jean-Noël Guérini et le bâtonnier Dominique Mattei
- Communiqué de presse - Conférence de presse - article Marsactu
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